Blog : La fin du management à partir du livre de Gary Hamel. Vive la nouvelle démocratie organisationnelle La dernière livraison de Gary Hamel est particulièrement intéressante et reprend nombre de points déjà abordés sur ce blog. En anglais son titre est « The future of management ». Frédéric Fréry professeur à l'ESCP-EAP a délibérément choisi d'inverser en quelque sorte le sens du titre pour lui donner sa véritable signification. Ce choix n'est pas anodin. Les attitudes des Américains des Européens face aux événements sont fondamentalement différentes. Un pays jeune comme les États-Unis voit toujours l'avenir de façon positive. Les pays européens ont plutôt tendance à développer des attitudes critiques dans une première approche. Aux Etats-Unis on pense « comment », en Europe on pense « pourquoi ». Peu importe le but est le même. L'idée générale est que nous devons revoir sérieusement nos approches managériales. Le management vient des États-Unis, et a suivi historiquement le développement de la taylorisation (signalons cependant que un des principaux inventeurs des concepts organisationnels était français et qu'il s'agissait de H.Fayol). Aujourd'hui sur fond de crise systémique, et financière, les Européens perçoivent les limites d'un système libéral et ses effets négatifs sur les collaborateurs. On peut comprendre. Les valeurs européennes ont été bafouées par un modèle ultralibéral, économico-stakhanoviste, bien adaptées au continent américain mais qui ne correspond pas à nos valeurs humanistes, au respect, à l'éthique, au rôle de la famille et de l’état, et au sens de la démocratie qui s'exprime mal dans un système de pensée et dans un modèle productiviste. Pour Gary Hamel, après la critique, la construction. Face aux difficultés, outre-Atlantique on développe des outils, et notamment les NTIC. On attend des outils qu'ils règlent les problèmes et apporte des solutions. Dans ce cas précis pour l'auteur de l'ouvrage il s’agit de Web 2.0. La suite logique est simple, le management doit devenir Management 2.0 . Qu'est-ce que cela signifie ? Nous utilisons à l'heure actuelle, des outils organisationnels qui sont directement liés aux concepts organisationnels issus du début du XXe siècle. Nous avons taylorisé la production industrielle, nous sommes en passe de tayloriser la production managériale : pression à la performance et à l'efficacité, indicateurs multiples, balanced scorecard, évaluation, assessment, 360 degré etc. et ceci va perdurer car la compétition est là. Ces outils ont démontré leur efficacité et leur performance mais ils ont désormais leurs limites car les nouvelles générations n'y adhèrent pas. Pour elle la valeur travail doit se marier avec développement personnel, initiative, autonomie, travail collaboratif, liberté d'expression, en un mot des valeurs post-tayloriennes. Les individus ne sont pas des substituts de machines qui doivent répondre à un stimulus pavlovien ou incitations multiples génèrent motivation et performance. D'ailleurs historiquement les révolutions européennes ont toujours été celle du désir d'accès à la parole libératrice, des humbles contre les plus forts. Des pauvres contre les riches. Des assujettis contre les dominants. Aujourd'hui la prochaine frontière de la démocratie se trouve dans les entreprises. La révolution protestante s'est faite compte la hiérarchie catholique et les prélats dont les excès outranciers menaçaient le fondement même de l'organisation religieuse. Aujourd'hui contre la toute-puissance financière et la pression sur les résultats trimestriels, la jeune classe de managers se redresse. Finance n’est pas sens. On ne travaille pas exclusivement pour gagner de l'argent. Tous souhaitent participer au choix, à la décision, dire ce qui va et ce qui ne va pas et améliorer le fonctionnement des organisations. Voilà donc la vraie révolution à venir en entreprise, maintenant que les moyens modernes facilitaient l'accès à l'information, au travail collectif, aux communautés apprenant ce, à ce sentiment de partage et de convention d'effort qui donne un véritable sens au travail humain. Certes Web 2.0 peut contribuer. Mais ce qui doit d'abord changer c'est la façon dont les gouvernances d'entreprise et les dirigeants acceptent, gèrent et se positionnent par rapport à cette nouvelle démocratie Corporate. C'est de cette invention managériale et organisationnelle que naitront les nouveaux modèles d'entreprise.